Des architectes sur le sujet de préfabrication - Carlo Carbone

Publié en ligne: 
15 Septembre 2014

synergy/ie

par Carlo Carbone
École de design – Université du Québec à Montréal

Extrait de Toward an Open Manufactured Building Industry: An Historical Perspective [Vers une industrie de la construction usinée ouverte : un recul historique] par Carlo Carbone.

Le bâtiment modulaire, l’habitation usinée, et la maison mobile partagent tous la génétique du Fordisme qui s’est dégagé au début du XXe siècle. Les avantages de la construction à ambiance contrôlée, la normalisation, la réduction de gaspillage, l’organisation hiérarchique de la main-d’œuvre, et l’approvisionnement des matériaux en vrac ont tous contribué au développement de la maison fabriquée en usine. La production de masse de maisons dans une usine a été préconisée comme un changement nécessaire pour servir l’urbanisation rapide qui accompagnait l’industrialisation. Cette production en usine de logements a fait écho à la production de masse d’autres produits de consommation.       

Dans The Prefabrication of Houses, Burnham a écrit en 1951 que dans la période agitée du début du XXe siècle en Amérique, la croissance soutenue du bâtiment préfabriqué était articulée à la maison unifamiliale. Bien qu’il ait été fortement subventionné, la production en usine de maisons n’a jamais atteint son potentiel comme une option moins coûteuse et de meilleure qualité par rapport aux logements construits en utilisant des méthodes traditionnelles. L’utilisation de la construction à ossature de bois, fait sur ​​place, était renforcée par une culture du bâtiment bien ancrée et une technique de construction à ossature légère extrêmement concurrentielle sur le plan des coûts directs et indirects. Pour cette raison, la maison préfabriquée a été reléguée à une part du marché qui s’est stabilisé à pas beaucoup plus que d’environ un sur huit ou dix des logements produits.

La composition sociodémographique de l’après-guerre en Amérique a établi la maison unifamiliale, construite sur place avec une ossature en bois, comme le cœur de la culture constructive nord-américaine de l’habitation. L’industrie de la maison usinée ne pouvait pas rivaliser avec la prévalence du constructeur sur place et la personnalisation perçue offerte par la construction traditionnelle de maisons, comme indiqué par Giedion dans Walter Gropius, Work and Team Work [Walter Gropius, le travail et le travail d’équipe].      

De nos jours, la maison fabriquée en usine est devenue une option de logement durable et personnalisable qui utilise les ressources de façon responsable. Toutefois, comme rapporté par l’Institut canadien de l’habitation usinée en 2013, les maisons préfabriquées représentent encore que 12 % de la production de maisons unifamiliales au Canada. La fabrication numérique, l’automatisation, la personnalisation de masse et la construction frugale deviennent typiques dans les usines et peuvent aider à renouveler la culture de construction pour la rendre plus écodurable. Un processus renouvelé de production, un appétit pour des solutions durables de logement et une évolution démographique vers les logements collectifs convergent actuellement. Dans ce cadre, l’industrie de l’habitation usinée peut être un joueur important dans l’établissement de concepts créatifs pour le bâtiment et le logement en réponse aux modes de vie et structures familiales qui sont en constante évolution.

Le document Analyse documentaire des tendances socio-économiques influant sur les marchés de l’habitation et de la consommation, rapport final a été publié conjointement par la Société canadienne d’hypothèques et de logement, l’Université Mount Allison et l’Institut d’urbanisme en 2003. Ce rapport posait quelques questions importantes, liées à l’avenir du logement durable, y compris la viabilité de la maison unifamiliale comme une forme durable de la croissance urbaine. Des statistiques récentes de la Société canadienne d’hypothèques et de logement illustrent de façon similaire la baisse de la demande pour la maison unifamiliale (voir www.schl.ca). Cette tendance, bien que renforcée par la promotion de l’aménagement compact par les gouvernements, reflète également les perspectives démographiques et économiques au Canada qui vont continuer à orienter l’industrie de la construction dans les années à venir.

L’évolution de l’industrie du bâtiment fabriqué en usine est le résultat de l’application de nouvelles technologies et de l’urbanisation croissante des villes. Sous la pression pour réagir aux changements démographiques et économiques causés par l’industrialisation et l’urbanisation, le gouvernement a transféré le fardeau sur le secteur privé pour résoudre la crise du logement qui a suivi. La sous-urbanisation rapide de l’Amérique du Nord était caractérisée par la construction des maisons privées pour les ménages nucléaires de l’ère industrielle.

Aujourd’hui, l’évolution de la démographie du Canada et de l’Amérique du Nord exige des stratégies de logement qui sont nouvelles, durables et axées sur des logements multifamiliaux. La maison de banlieue unifamiliale d’hier n’est que marginalement adaptable aux besoins de la société contemporaine.

Il y a quelques exemples historiques d’expériences ouvertes qui cherchaient un cadre plus large pour la personnalisation de logements et l’optimisation du processus de construction. Ces exemples mettent en évidence la possibilité d’une contribution par l’industrie de la construction usinée à la conception flexible et adaptable. Un exemple d’un élément de construction industrialisée conçue pour combiner les points forts de la construction sur site et hors site a été MOBILCORE, produit par Timber Structures Inc. immédiatement après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Comme indiqué dans « Wyatt will use all kinds of building to get his job done » [Wyatt utilisera tous les types de bâtiment pour terminer son travail], un article dans l’édition du magazine Life du 15 avril 1946, le MOBILCORE, une unité de 8 sur 24 pi (2,4 sur 7,2 m) était équipée de tous les appareils et accessoires. Le module était divisé en salle de bains, salle mécanique et cuisine. Pour 2 700 $ US (environ 40 % du prix total d’une maison de l’époque) on pouvait acheter une unité, en prendre livraison, puis construire la maison autour d’elle sur place.

Le changement de paradigme qui est nécessaire pour la construction préfabriquée, et qui semblait évident pour Timber Structures Inc. semble prendre place dans l’industrie du bâtiment d’aujourd’hui. Le noyau NOYO proposé par Mobilfab du Québec (voir www.noyo.ca) partage le patrimoine stratégique de MOBILCORE et il est utilisé comme une unité de base modulaire pour les développements à haute densité. Comme les méthodes et théories adoptées par les architectes modernes Walter Gropius et plus tard par le théoricien N. John Habraken, le noyau NOYO démontre une stratégie de collaboration pour la construction industrialisée.

Morceaux (chunks) est un terme utilisé par Kieran et Timberlake dans Refabricating Architecture [La reconstruction de l’architecture] pour décrire les composants de construction complexes qui sont produits en usine dans un cadre approprié. La fabrication de ces morceaux optimise la capacité d’adaptation et d’ajustement au fil du temps. La combinaison de la flexibilité de la construction à ossature de bois et le noyau produit en usine pourraient créer un système impressionnant et ouvert pour la construction industrialisée de logements.

L’industrie de la construction résidentielle et commerciale, soit sur ​​place, soit en usine, est consciente qu’un changement de paradigme est nécessaire pour accroître à la fois la production et la durabilité. La culture de la construction contemporaine exprimée par le processus de conception intégrée et la conceptualisation numérique est plus propice à la fabrication en usine par rapport à la production sur place. La production en usine, qui est optimisée en matière de ressources, est également acceptée comme un choix valable et supérieur par rapport à la construction sur place, qui est complexe et nécessite beaucoup de ressources. Des catalyseurs importants, tels que BIM, la construction frugale, et des programmes environnementaux continueront d’exiger la créativité et la collaboration ouverte, ainsi que le partage des idées et des modèles de construction qui sont responsables sur le plan des ressources. L’exploitation du potentiel de la construction en usine repose sur une nouvelle créativité. La comparaison familière à la production automobile doit être abandonnée et remplacée par une collaboration ouverte entre les constructeurs sur place et les constructeurs en usine afin de permettre une production efficace du logement au Canada.

Lisez l’article complet de Carlo, intitulé « Vers une industrie du bâtiment usiné ouvert : une perspective historique » [Toward an open manufactured building industry : a historical perspective], ainsi que d’autres articles sur son blogue « pré [FABRICA] tions. » www.prefabricate.blogspot.ca